La tristesse coule en petites gouttes sur les joues vernies
Et l’amertume brûle comme un acide le cœur blessé
Le regret tue comme un poignard sanglant d’envie
La mélancolie gèle les yeux ternis, embués ;
La joie distillée semble pire qu’une sueur glacée
Le bonheur ivre fait vaciller l’esprit tourmenté
Un rire aux larmes contrefait notre dignité
Et l’ironie cynique se boit à longs traits ;
Ce soir, le spectacle à peine entamé doit finir
Le marionnettiste a rangé ses filets et ses fictions
Le clown blasé a finalement éteint son rire
Et l’artiste démembré recouvre enfin la raison ;
Ce soir, Dieu ! Chacun de nous est désœuvré
L’angoisse nous étreint la gorge comme un étau
En proie à l’incertitude, face aux responsabilités,
Le doute pose sur nous le poids de son fardeau ;
La rancœur vide son sac à la barre des condamnés,
La haine vibre de toute sa folie dérisoire
Les nerfs sont tendus et pourraient bien lâcher
Si la colère ne tranchait pas comme un rasoir ;
Le chagrin inonde la terre de nos espoirs
La peine se noie dans la mer de nos projets
Et comme un radeau abandonné au hasard
L’esprit, perdu sur l’océan de la futilité ;
Ce soir, les numéros se seront tous succédés
Dans un ordre monotone et discordant
Chacun n’aura donné de lui que sa moitié
Car les artistes n’offrent jamais que leur présent ;
Ce soir, l’animation aura retenti pour rien
Comme un glas sonné par un curé dément
Et que l’on sonne l’Angélus ou le Tocsin
Nous ne frissonnons que d’un commun serment ;
La confiance trahit notre raison innocente
La douceur fait piètre figure devant le mensonge
L’amour factice brûle l’âme seule et errante
La plongeant dans les abîmes du songe ;
Les larmes tracent des sillons à tout jamais
Sur les visages pâles et veufs de tout sourire
Et l’envie consume les tissus de lucidité
Pour accroître les besoins en manque de plaisir ;
Ce soir, l’orchestration aura fait défaut
Et la bonne humeur attisé la douleur
Car chacun n’aura été qu’un vague héros
Le temps d’une interprétation sans cœur ;
Ce soir, les chandeliers n’éclairent plus
Le public a déserté les gradins poussiéreux
Le vent balaie les plateaux vermoulus
Et les artistes pleurent en se frottant les yeux ;
La tristesse coule en petites gouttes sur les joues vernies
Et ce soir, le spectacle se meurt sous un ciel gris…
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